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Un bureau presque vide
Chaque version de mon bureau qui a duré plus de quelques semaines portait moins d’objets que la précédente.
Pendant des années, j’ai refait mon bureau chaque fois que je lisais un bon récit de la manière de travailler de quelqu’un d’autre. Un bras pour l’écran, une meilleure lampe, un clavier qui claque avec satisfaction. Chaque changement m’apportait une semaine à me sentir organisée, puis un lent retour aux mêmes brouillons inachevés.
Le bureau que j’ai aujourd’hui n’a pas bougé depuis deux ans, ce qui est un record. C’est une table blanche, toute simple, près de la fenêtre, avec un ordinateur portable, deux carnets, un stylo et une petite plante qui a survécu à force d’être ignorée. Tout le reste vit dans un tiroir que je dois me lever pour ouvrir.
La règle du tiroir
Le tiroir est tout le système. Pour figurer sur le bureau, un objet doit avoir été sorti du tiroir au moins une fois par jour pendant une semaine. Le casque a échoué. Un deuxième écran a échoué en deux jours. Les carnets n’ont jamais été rangés une seule fois.
Ça marche parce qu’un bureau dégagé ne me demande rien quand je m’assois. Je n’ai pas à décider par quoi commencer. Le seul objet qui réclame de l’attention est le carnet de gauche, qui contient la dernière ligne de la veille.
Ce qui est resté
- Un ordinateur à la luminosité baissée, sans notifications de neuf heures à midi.
- Un carnet à spirale pour le travail du jour, et un carnet cousu pour ce qui mérite d’être gardé.
- Un stylo, un modèle bon marché que je remplace dans n’importe quel tabac-presse.
- Une lampe pour les après-midi d’hiver, qui vit dans le tiroir d’avril à octobre.
La fenêtre compte plus que tout ce qu’il y a sur le bureau. Elle donne sur une rangée de jardinets, et le matin je regarde la lumière les traverser en attendant la première phrase. J’avais l’habitude de compter ce moment comme du temps perdu. Je pense maintenant que c’est la partie de la matinée où la phrase s’écrit quelque part où je ne la vois pas.
Je n’ai aucun conseil de matériel. Le bureau qui marche est celui qu’on cesse de remarquer, et pour moi cela n’est arrivé que lorsqu’il n’y est plus resté presque rien à remarquer.
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