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Lettres

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Lettre : la semaine au ralenti

La crue de la Garonne a coupé la ligne de Montauban pendant cinq jours, et ces matins sans programme sont devenus l’écriture la plus reposée de mon année.

La crue de la Garonne a coupé la ligne de Montauban pendant cinq jours la semaine dernière, et la maison d’édition a demandé à ceux d’entre nous qui font le trajet de rester chez eux. J’avais un texte à rendre à la fin du mois et je comptais l’écrire le soir. J’ai eu à la place cinq matins vides et pas de train.

Le premier jour a été gâché, joyeusement. J’ai fait le café lentement, lu le journal du samedi un lundi, et marché jusqu’au bout de la rue pour voir le canal, qui affleurait son quai. Le deuxième jour, je me suis assise à neuf heures par habitude et j’ai écrit pendant trois heures sans voir le temps passer.

De l’eau versée sur du café moulu dans un filtre en papier conique, lors d’une préparation à la main
Le café qui donne le rythme d’un matin lent. Il faut environ quatre minutes, à peu près le temps d’une première phrase.

Le vendredi, le texte était fini, avec quinze jours d’avance, ce qui ne m’était jamais arrivé. J’ai cherché ce qui avait changé, et la réponse honnête est presque rien, sinon l’emploi du temps. Chaque matin avait la même longueur, et rien n’attendait à la fin.

Je ne peux pas faire de chaque semaine une semaine de crue, mais j’en ai gardé une chose. Les deux jours où je travaille chez moi, la première heure n’a plus d’heure de fin. Quand la phrase est prête, je commence ; quand elle ne l’est pas, je refais un café. Jusqu’ici, cela ne m’a coûté aucune échéance.

La ligne a rouvert lundi. Le train était plein de gens qui racontaient leur propre semaine au ralenti, et je soupçonne quelques-uns d’entre eux de chercher eux aussi comment en garder une.

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