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Pourquoi j’écris encore mes brouillons en texte brut
Neuf applications d’écriture en huit ans, et le seul format de fichier qui les a toutes survécu.
Entre 2016 et 2024, j’ai payé neuf applications d’écriture. J’ai gardé les reçus parce que j’en avais honte, ce qui est aussi une façon de tenir ses comptes. Chacune promettait un endroit plus calme pour penser. Chacune, en moins de deux ans, avait ajouté une barre latérale, un témoin de synchronisation, un compteur de séries et une bannière annonçant la nouvelle formule.
Les brouillons de ces années sont aujourd’hui éparpillés dans des formats d’export que je ne sais plus ouvrir sans l’application qui les a produits. Deux de ces applications n’existent plus. L’une avait transformé mes notes de bas de page en un bloc propriétaire qui s’exporte en une rangée de points d’interrogation.
Ce que garde un fichier texte
Un fichier texte garde trois choses que les autres ont fini par me perdre. Il s’ouvre sur toutes les machines que j’ai eues, y compris l’ordinateur prêté sur la table de cuisine de ma sœur. Il s’ouvrira encore dans vingt ans, puisque son format, c’est les mots et rien d’autre. Et il ne me demande rien pendant que j’écris : pas de score à battre, pas de badge à gagner.
- Un dossier par texte, nommé d’après la date à laquelle je l’ai commencé.
- Un fichier par version, numéroté, jamais écrasé.
- Un fichier de notes à côté, pour tout ce que je coupe, car je finis toujours par le vouloir.
Le dossier de ce texte contient quatre versions et un fichier de notes plus long que chacune d’elles. Presque tout ce que j’aime encore dans la version finale vient de ce fichier de notes, au troisième passage.
La mise en forme attend la fin. Les italiques sont des tirets bas, les titres une ligne de majuscules, et un lien une adresse seule sur sa ligne. Quand un texte est terminé, je le colle dans le site et je passe dix minutes à le composer proprement ; ces dix minutes sont agréables justement parce que l’écriture, elle, est déjà faite.
L’outil en qui j’ai confiance est celui qui n’a rien à dire sur mon écriture.
Je n’ai rien contre les bons logiciels. J’utilise tous les jours un très bon éditeur au travail, où je corrige les manuscrits des autres et où j’ai besoin du suivi des modifications. Pour mes premiers jets, je veux moins que cela : un curseur qui clignote, et la certitude que le fichier sera encore là quand je reviendrai, en quelque année que ce soit.
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