Aller au contenu
Tech & IA

Marche

3 min de lecture

Le long chemin jusqu’à la bibliothèque

Quarante minutes à pied au lieu de douze en métro, deux fois par semaine, et ce à quoi servait finalement cette demi-heure de plus.

La façade en brique rouge d’une petite bibliothèque municipale, sa porte encadrée d’une arche et de deux lampadaires

Deux fois par semaine, je vais écrire à la bibliothèque municipale. Le métro met douze minutes et s’arrête devant la porte. À pied, il faut quarante minutes, par le jardin, le long du canal et une grande rue droite qui longe l’ancien dépôt des tramways. Pendant un an, je me suis dit que cette marche était de l’exercice. Il m’a fallu presque tout ce temps pour admettre que c’était la partie la plus productive de ma matinée.

Je pars de chez moi avec une question sur ce que j’écris, souvent petite : pourquoi la deuxième partie traîne, si un exemple a sa place, ce que doit faire la dernière phrase. Je ne prends aucune note en chemin. Au canal, la question a généralement changé de forme, et au bout de la grande rue, je sais le plus souvent quel paragraphe ouvrir en premier.

Pourquoi le trajet compte

J’ai essayé d’autres itinéraires. Le plus court suit l’avenue, et il ne vaut rien pour penser : chaque traversée réclame de l’attention, chaque arrêt de bus est une petite décision, celle de renoncer et de monter. Le trajet long compte trois passages piétons en quarante minutes et une portion de chemin de halage où personne n’attend rien de moi.

Le jardin aide aussi, mais plus simplement qu’un article de bien-être ne le dirait. C’est le seul endroit du trajet où je croise les mêmes personnes les mêmes jours : un monsieur qui dresse un épagneul très réticent, et deux femmes qui courent la même boucle en sens inverse et se saluent à chaque croisement. Leur régularité rend la mienne moins semblable à un tour que je me jouerais à moi-même.

La salle de lecture

La salle de lecture ouvre à neuf heures. Il y a vingt-quatre tables, des lampes vertes que personne n’allume l’été, et une règle de silence que le personnel fait respecter d’un regard plutôt que par un panneau. Je prends la même table quand je peux, la quatrième depuis la fenêtre, et j’écris à la main pendant la première heure avant d’ouvrir l’ordinateur.

Le chemin du retour sert à me relire dans la tête, et c’est là que je trouve la plupart des phrases à supprimer. J’ai appris à me fier à ce verdict plus qu’à celui du bureau, peut-être parce que j’ai alors oublié combien chaque phrase m’avait coûté.

  • Laisser le téléphone dans le sac jusqu’à la porte de la bibliothèque.
  • Emporter une seule question, jamais une liste.
  • Prendre toujours le même chemin, pour qu’il cesse de réclamer des décisions.

Rien de tout cela ne résiste à une échéance, et je ne prétends pas le contraire. Quand le travail presse, je prends le métro comme tout le monde. Les textes de ce site que j’aime encore ont presque tous été commencés sur le chemin de halage.

Commentaires (0)

Aucun commentaire pour le moment.