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Les livres que je relis chaque hiver
Cinq livres qui quittent l’étagère la première semaine de janvier, et pourquoi relire m’est devenu plus utile que lire du neuf.
Chaque année, la première semaine de janvier, les mêmes cinq livres descendent de l’étagère. Je n’ai pas prévu ce rituel. Il s’est constitué en une dizaine d’années, un livre après l’autre, et un jour j’ai remarqué que je les prenais toujours dans le même ordre.
Relire a mauvaise réputation chez ceux qui tiennent des listes de lectures, parce que cela ressemble à un refus d’avancer. J’en suis venue à penser que c’est la seule lecture où je me vois changer : le livre reste exactement où il était, et moi non.
- Vies minuscules, de Pierre Michon. Des vies de gens obscurs, chacune tenue en quelques dizaines de pages. Je le lis d’une traite le premier dimanche de l’année, et il remet à sa juste mesure ce qu’un petit livre peut contenir.
- Le Livre de l’été, de Tove Jansson. Une grand-mère et sa petite-fille sur une île du golfe de Finlande. Chaque année, un autre chapitre est mon préféré, ce qui m’en apprend plus sur l’année que sur le livre.
- Les Anneaux de Saturne, de W. G. Sebald. Une marche sur la côte du Suffolk qui ne cesse de devenir autre chose. J’y ai appris qu’un essai peut flâner aussi longtemps que le lecteur fait confiance à celui qui marche.
- Espèces d’espaces, de Georges Perec. Lu en deux soirées, de la page à la chambre, de la chambre à la rue, puis reposé jusqu’à l’année suivante.
- Middlemarch, de George Eliot. Celui qui dure tout janvier. Je lis une soixantaine de pages par soir et je tombe encore sur des phrases dont je n’ai aucun souvenir.
Ce que je cherche la seconde fois
La première lecture d’un bon livre porte surtout sur ce qui arrive. À la troisième ou à la quatrième, l’histoire s’est effacée et je peux regarder comment le livre est fait : où un chapitre choisit de finir, combien de temps une scène dure avant que l’auteur coupe, quels détails sont plantés tôt pour être repris deux cents pages plus loin.
Je tiens une page de notes pour chacun des cinq, à la fin de mon cahier de citations, et j’y ajoute chaque année une ligne datée. Celles de Vies minuscules vont maintenant de 2016 à 2025. Les lire dans l’ordre, c’est un peu lire le journal d’une version de moi plus patiente et un peu plus lente.
En février, j’ai faim de nouveauté, et les livres neufs profitent de l’attente. Je les lis avec plus d’attention après un mois à regarder comment fonctionnent les anciens.
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